Le marché du luxe est un marché qui, malgré la crise argentine de 2002 mais surtout la crise brésilienne de la fin des années 90 continue d’être porteur pour les exportations françaises. Il a d’ailleurs connu un léger sursaut en 2003, et devrait être conforté cette année. Près de 80% des produits partent vers le Brésil en contrebande, le reste étant partagé entre les touristes à fort pouvoir d’achat de la région et la société aisée locale. Toutefois, ce secteur souffre gravement de la contrefaçon. Même si l’Etat paraguayen tente de lutter contre ce fléau, d’importantes quantités de produits contrefaits viennent principalement de Chine, via Montevideo (Uruguay).
Les 15 et 16 avril, le conseiller commercial de cette ambassade a rencontré les principaux importateurs de produits de luxe français à Ciudad del Este, ville frontière paraguayenne avec le Brésil et l’Argentine. Des différents entretiens avec les acteurs de ce marché, je retiens que, hormis la période de crise du début des années 2000, le marché est en constante augmentation depuis 10 ans, notamment dans les secteurs des parfums et cosmétiques et dans celui des alcools. Selon mes interlocuteurs, il devrait à nouveau connaître un essor cette année. Toutefois, aucun des importateurs distributeurs rencontrés n'a souhaité dévoiler ses données et en particulier son chiffre d’affaire.
Le dynamisme des ventes est tiré par un fort pouvoir d’achat brésilien conjugué à des taxes lourdes aux importations.
Le marché du luxe ne peut se développer que dans un cadre prestigieux. Le Paraguay reste un pays en développement. Les distributeurs ont donc, à l’instar de Monalisa, créé des espaces de vente très élégants (sur 5 étages), un peu comme ceux des Galeries Lafayettes à Paris ou de Harrod’s à Londres. Ils proposent en outre un restaurant et un casino au dernier étage.
Les produits français: Même s’il est inutile de rappeler que les produits français sont réputés dans ce secteur, ils en sont ici les leaders incontestés (l’Italie arrivant juste derrière). Ils représentent près de 80% des ventes. Si une lutte efficace était menée contre les produits falsifiés, les perspectives de croissance pourraient être orientées très fortement à la hausse. Cependant, hormis ces produits de luxe, la présence française reste très faible, dans cette partie du Paraguay. La région étant touristique (chutes d’Iguaçu), il nous a été suggéré la construction d’un hôtel afin d’augmenter la présence française. Des investisseurs locaux seraient disposés à assurer son financement.
Les autorités locales sont malheureusement trop souvent impuissantes, même parfois acteurs de cette économie souterraine. Afin de contrer, ou, du moins, limiter l’expansion de la contrefaçon, les importateurs ont multiplié les éléments de protection et d’authentification des produits originaux (étiquette officielle, bouchon scellé, etc.). Ainsi, pour éviter que les parfums soient dilués avec d’autres substances, les modèles sans vaporisateur ne sont quasiment plus importés.
D’un point de vue micro économique, cette contrebande pose un autre problème. En effet, les produits contrefaits étant nettement moins chers, les clients sont naturellement attirés par ce marché et désertent donc les produits officiels. Les distributeurs sont par conséquent obligés de réduire leurs prix et leurs marges afin de rester compétitifs (environ 30%).
En termes d’exportations et de ventes françaises, le secteur du luxe reste le plus porteur avec près de 5,5 M EUR (5,8 M EUR en 2002) pour les parfums qui s’avèrent très importants en valeur relative et nous positionnent comme premier exportateur dans ce secteur. Afin de maintenir leurs parts de marché compte tenu de la forte dépréciation du Guarani vis-à-vis de l’Euro, les importateurs peuvent parfois partager avec leurs fournisseurs les pertes de change. Toutefois, après trois années relativement difficiles, le marché semble connaître un nouvel essor, selon les principaux importateurs rencontrés.
Quant à la contrebande, même si le nouveau gouvernement a entamé une croisade contre les dérives du commerce triangulaire, elle est encore très présente. Il suffit de voir ces contrabando hormiga traverser la frontière vers le Brésil, chargés de marchandises, au vu et au su de tous. Une telle noria ne pourrait exister sans le laxisme, voire la compromission, des agents de douane. Beaucoup reste encore à faire...
(source : alix.reboul-salze@dree.org - Mission Economique d'Asuncion - 2004)